Plus on monte, plus la proportion est faible

  • 16 dĂ©cembre 2021

  • Alexandra Herzog /Trad.: Emilie Lambiel

  • Archiv STV/zvg

  • PubliĂ© dans GYMlive 5/2021

Bien que le sport se fĂ©minise de plus en plus, les femmes sont encore largement sous-reprĂ©sentĂ©es dans les instances sportives suisses. C'est malheureusement un fait. GYMlive fait le point sur la situation au sein de la FĂ©dĂ©ration suisse de gymnastique et se penche en mĂȘme temps sur l'histoire de la gymnastique fĂ©minine.

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Aujourd'hui, la FĂ©dĂ©ration suisse de gymnastique (FSG) compte environ 15’5000 membres fĂ©minines (Ă©tat : aoĂ»t 2021, sans compter les enfants de moins de 6 ans). Sur un total de 2’777 sociĂ©tĂ©s actives, 917 sont composĂ©es uniquement de gymnastes fĂ©minines, 1096 de gymnastes masculins et 764 sont mixtes. Au niveau des sociĂ©tĂ©s, on constate Ă©galement un rapport Ă©quilibrĂ© entre les prĂ©sidences fĂ©minines et masculines : 1508 prĂ©sidentes contre 1473 prĂ©sidents (50,5% contre 49,5%). Jusqu'ici, tout va bien.

Un Ă©chelon plus haut dans la pyramide, dans les associations cantonales ou rĂ©gionales, la situation est toutefois trĂšs diffĂ©rente. Seules cinq des trente associations ont une femme Ă  leur tĂȘte (16,6%).

Depuis la fusion, la FSG n'a eu qu'une seule présidente centrale

Une majorité d'hommes aux commandes

Si l'on se penche sur l'histoire, on constate que, depuis toujours, ce sont majoritairement des hommes qui ont dirigé le destin de la gymnastique suisse. Ainsi, l'Association suisse de gymnastique féminine (ASGF) a été présidée par des hommes pendant les quatre premiÚres décennies suivant sa création (1908-1946).

Le dĂ©veloppement de la gymnastique fĂ©minine en Suisse, tout comme l'introduction du droit de vote des femmes, Ă©tait en retard par rapport Ă  l'Ă©tranger. Ce n'est qu'Ă  la fin des annĂ©es 1960 que la gymnastique fĂ©minine s'est imposĂ©e comme une Ă©vidence. Lorsque le droit de vote des femmes a enfin Ă©tĂ© introduit en 1971, l'Association suisse de gymnastique fĂ©minine (jusqu'en 1928 : SociĂ©tĂ© suisse de gymnastique fĂ©minine) existait dĂ©jĂ  depuis 63 ans et comptait 86’186 membres actifves. Pourtant, jusqu'Ă  cette date, les femmes ont toujours dĂ» lutter contre de fortes rĂ©sistances. Les revendications des gymnastes fĂ©minines en faveur d'une gymnastique axĂ©e sur la performance sont longtemps restĂ©es lettre morte, l'opinion dominante chez les hommes Ă©tant que le rythme et la joie de vivre devaient caractĂ©riser la gymnastique fĂ©minine.

BrÚve interview de la conseillÚre fédérale Viola Amherd

Plus de réseau

Pourquoi n'y a-t-il pas plus de femmes dans les instances dirigeantes du sport aujourd'hui ?
Lorsqu'il s'agit de pourvoir des postes dans les instances dirigeantes du sport, les structures et les réseaux masculins établis jouent certainement un rÎle. On cherche dans ses réseaux une personne appropriée. Aujourd'hui, les réseaux sportifs sont encore trop peu mixtes et trÚs fortement dominés par les hommes.

Par oĂč devons-nous commencer pour changer cela ?
Il est important que les sportives se mettent en rĂ©seau, par exemple au sein de l'association « Sportif Â» ou de « Helvetia rennt Â» et qu'elles se soutiennent mutuellement. Les femmes doivent, dans le sport Ă©galement, avoir confiance en elles et avoir le courage de dire qu'elles veulent occuper un poste de direction. Les fĂ©dĂ©rations sportives doivent ĂȘtre davantage sensibilisĂ©es aux opportunitĂ©s offertes par les Ă©quipes mixtes ! Si nous avons plus de femmes dans les instances dirigeantes du sport, elles peuvent servir de modĂšle Ă  d'autres femmes engagĂ©es. Nous pouvons encourager une meilleure reprĂ©sentation des femmes dans ces instances dirigeantes, par exemple en les incitant Ă  suivre des Ă©tudes dans le domaine du sport.

Quels sont les projets en cours Ă  cet Ă©gard ?
En ce qui concerne la reprĂ©sentation des femmes dans les instances dirigeantes du sport, je demande qu’un taux de 40% de femmes soit atteint dans les instances dirigeantes des fĂ©dĂ©rations sportives d’ici 2024. Le respect de cet objectif devra Ă©galement ĂȘtre un critĂšre pour dĂ©terminer le montant des subventions qu'une fĂ©dĂ©ration recevra. Nous sommes Ă©galement en train de revoir les procĂ©dures et les critĂšres d'admission Ă  la Haute Ă©cole de Macolin. Notre objectif est clair : les femmes doivent avoir les mĂȘmes chances que les hommes d'Ă©tudier le sport Ă  Macolin. L'admission Ă  l'Ă©cole restera toutefois exigeante. Nous devons analyser la situation actuelle et, si nĂ©cessaire, procĂ©der Ă  des adaptations et Ă  des amĂ©liorations

Développement accéléré

Ce n'est qu'en 1946 qu'il a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  Marie Willmann d'ĂȘtre la premiĂšre femme Ă  prendre la tĂȘte de l'association et d'amorcer le changement souhaitĂ©. AprĂšs Marie Willmann, qui a su non seulement se maintenir Ă  la tĂȘte de l'association pendant dix ans, mais aussi imposer des changements importants, cinq autres prĂ©sidentes de l’ASGF se sont succĂ©dĂ©, faisant avancer le dĂ©veloppement de la gymnastique fĂ©minine en Suisse grĂące Ă  un travail persĂ©vĂ©rant.

L'annĂ©e du jubilĂ© des 50 ans de l'ASGF, l'association s'est rĂ©jouie d'une augmentation de 49 sections. « EspĂ©rons que cette Ă©volution rĂ©jouissante se poursuivra au cours des prochaines annĂ©es, et que nous aurons rattrapĂ© notre association sƓur en termes de nombre de sections dans une demi-douzaine d'annĂ©es Â», espĂ©rait Madame dans le rĂ©sumĂ© du bilan des membres de l'Ă©poque. Effectivement, l'ASGF a continuĂ© Ă  gagner des membres.

Le mélange fait la différence

Rita Elsener-Canepa, prĂ©sidente en exercice de l’ASGF lors de la fusion de la SociĂ©tĂ© fĂ©dĂ©rale de gymnastique (SFG) et de l'Association suisse de gymnastique fĂ©minine (ASGF) en 1985, a eu l'honneur de prendre Ă©galement les rĂȘnes de la toute nouvelle FĂ©dĂ©ration suisse de gymnastique (FSG). Elle a occupĂ© le poste de prĂ©sidente centrale jusqu'Ă  fin 1991. Elsener-Canepa est restĂ©e jusqu'Ă  aujourd'hui la premiĂšre et la seule femme Ă  prĂ©sider la FSG.

Le comitĂ© central actuel de la FSG, composĂ© de sept membres, ne compte plus qu'une seule femme, Eliane Giovanola (14,28%). « MĂȘme si je ne crois pas aux quotas, je trouve cela problĂ©matique. Le ComitĂ© central reprĂ©sente en effet toute la gymnastique suisse Â», dĂ©clare Evi Hurschler (prĂ©sidente de l’association de gymnastique de Lucerne, Obwald et Nidwald).

« Un bon mĂ©lange d'intĂ©rĂȘts, de milieux et d'expĂ©riences est bien plus important que le sexe de la personne au sein des organes de direction Â», affirme quant Ă  elle la prĂ©sidente de l'association de gymnastique de Schaffhouse, Andrea Fuchs. « Mieux vaut une seule femme, compĂ©tente et engagĂ©e, que des femmes qui ne servent que d'alibi Â», estime de son cĂŽtĂ© Lysiane TissiĂšres (prĂ©sidente de Gym Valais-Wallis).

Dank der HartnÀckigkeit einiger Pionierinnen steht heute auch den Frauen die ganze Vielfalt des Turnsports offen.

Des femmes compétentes disponibles

Toutefois, si l'on observe la composition globale des comitĂ©s directeurs des associations cantonales et rĂ©gionales de gymnastique, on constate que les femmes y sont majoritaires. 307 femmes contre 196 hommes s'engagent au niveau de la direction. « Notre comitĂ© est composĂ© de six femmes et d'un homme Â», prĂ©cise Lysiane TissiĂšres. Le comitĂ© de l’association de gymnastique de Schaffhouse (SHTV) compte Ă©galement plus de femmes que d'hommes (3:1). La situation est similaire dans les sociĂ©tĂ©s : 12237 femmes pour 8568 hommes.

Ces chiffres prouvent que dans le domaine de la gymnastique en Suisse, on trouve suffisamment de femmes engagĂ©es qui seraient tout Ă  fait capables de diriger une association cantonale ou nationale. Il ne leur reste plus qu'Ă  oser se lancer et Ă  ĂȘtre soutenues par leurs collĂšgues des associations pour se hisser au sommet.

Dans les sociétés, le rapport est beaucoup plus équilibré

Apporter du soutien et renforcer la confiance en soi

Quatre des présidentes cantonales et régionales en poste s'expriment sur leur motivation à exercer une telle fonction et sur le thÚme des femmes dans les fonctions dirigeantes.

Gym Valais-Wallis, depuis 2019

« La gymnastique m’a Ă©normĂ©ment apportĂ©. Plus que la pratique d’un sport, c’est une magnifique Ă©cole de vie. C’était pour moi normal de m’impliquer Ă  mon tour.

J’ai bon espoir que, prochainement, plus de femmes pourront et surtout oseront prendre une telle responsabilitĂ©.

Les quotas ne sont, Ă  mon sens, pas la solution. Augmenter le nombre de femme ne doit pas ĂȘtre une obligation mais la traduction d'une volontĂ© forte d'apporter de la diversitĂ© et de la richesse. Il faut que les femmes se fassent confiance pour s'engager, faire le pas, mais surtout que les hommes s'impliquent plus dans la vie familiale. Cette cĂ©lĂšbre citation d`Hillary Clinton rĂ©sume bien la situation : â€č J'ai toujours cru que les femmes ne sont pas des victimes. Nous sommes des agents du changement. .... Mais nous avons besoin qu'on nous donne une chance [de le prouver] â€ș. Â»

Association de gymnastique de Schaffhouse, depuis 2018

« Dans les comitĂ©s des sociĂ©tĂ©s et des associations, il est possible de s'engager pour la gymnastique, que nous aimons tous, et de crĂ©er de bonnes conditions cadres. Ma motivation est nĂ©e de l'opportunitĂ© unique d'assumer une telle tĂąche et d'apporter quelque chose Ă  la gymnastique.

Lorsque l'on dirige une association, on est presque responsable d'une petite entreprise. Nous sommes en permanence confrontĂ©s Ă  de nouveaux dĂ©fis et nous pouvons les relever ensemble avec le comitĂ©, le secrĂ©tariat et les sociĂ©tĂ©s. La coopĂ©ration et les nombreux nouveaux contacts sont, de mon point de vue, extrĂȘmement prĂ©cieux.

Souvent, les femmes et les hommes se sentent dĂ©passĂ©s par l'ampleur et la responsabilitĂ© d'une telle tĂąche. Il est donc important de montrer ce qui se cache derriĂšre, Ă  quels soutiens on peut avoir recours et surtout quelles expĂ©riences positives et profitables peuvent ĂȘtre faites.

Il faut les bonnes personnes au bon endroit. Quant Ă  savoir si cela dĂ©pend du sexe, j'ose en douter. Ce qui me semble important, c'est que nous ayons un bon mĂ©lange d'intĂ©rĂȘts, de milieux et d'expĂ©riences et que chaque personne soit motivĂ©e et engagĂ©e. Â»

Association uranaise de gymnastique, depuis 2016

« La collaboration et les Ă©changes sont trĂšs intĂ©ressants et permettent de mener de bonnes discussions.

Partout on demande plus de femmes aux postes directeurs, y compris en politique. Je trouve trĂšs dommage qu'il n'y ait qu'une seule femme au ComitĂ© central de la FSG. Cependant, de nombreuses femmes n'ont pas assez confiance en elles pour se prĂ©senter. Je pense que le facteur temps joue souvent un rĂŽle dans le fait qu'une fonction ne soit pas prise en charge. Peut-ĂȘtre aussi que la rĂ©partition des rĂŽles est encore assez prĂ©sente.

Les opinions des femmes sont un facteur important dans les organes de direction. C'est pourquoi il est souhaitable d'avoir un bon mĂ©lange d'hommes et de femmes dans les comitĂ©s. Â»

Association de gymnastique de Lucerne, Obwald et Nidwald, depuis 2020

« J'aime pouvoir participer activement aux Ă©vĂ©nements. J'apprĂ©cie beaucoup le travail en Ă©quipe. Les tĂąches de direction sont beaucoup plus faciles Ă  accomplir lorsque l'Ă©quipe qui entoure la personne est soudĂ©e. C'est probablement la clĂ© du succĂšs.

Mon opinion est claire : ce n'est pas le sexe qui compte, c'est la personne qui est dĂ©terminante. Il faut des personnes capables de motiver et de soutenir les autres dans les tĂąches Ă  accomplir. Il est probable que les femmes se sentent moins capables d'assumer ces tĂąches que les hommes. Elles sont beaucoup plus exigeantes envers elles-mĂȘmes. Je trouve aussi que les travaux d'une femme occupant un poste de direction sont davantage passĂ©s au peigne fin. Nous sommes surtout un sujet permanent pour toutes les autres femmes. C'est dommage !

Cette fonction, comme beaucoup d'autres, relĂšve du systĂšme de milice. Si vous accomplissez de telles tĂąches Ă  titre de passe-temps en plus de votre activitĂ© professionnelle, c'est extrĂȘmement exigeant. Ce fait est dissuasif, j'en suis sĂ»re.

Les conditions attrayantes sont Ă  double sens. A mon avis, une association cantonale devrait continuer Ă  fonctionner sur la base d'un engagement bĂ©nĂ©vole, aujourd'hui comme demain. Â»

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