Quand la gymnastique devient une force
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Quand la gymnastique devient une force

Emilie Lambiel
Photos : màd

À neuf ans, Keliana Memaj a déjà vécu de nombreuses épreuves. Atteinte d’une tumeur au pont cérébral, elle a subi quelque 70 séances de chimiothérapie. La maladie et les traitements ont longtemps rythmé son quotidien. Mais lorsqu’elle entre dans une salle de gymnastique, tout cela passe au second plan. Keliana peut simplement être une gymnaste, avec ses objectifs, ses copines et ses rêves.

Keliana Memaj

Quand je suis dans la rue, j’ai l’impression que tout le monde me regarde, parce que je suis différente. À la gym, je suis Keliana et je suis normale. Je suis comme les autres filles.

La gym comme échappatoire 

La gymnastique prend rapidement une place importante dans la vie de Keliana. « C’est bien plus qu’un sport ou qu’une activité après l’école. C’est son espace à elle », explique sa maman. Elle y retrouve ses copines, se fixe des objectifs, travaille et se concentre sur ce qu’elle aime. Après tout ce qu’elle a vécu, pouvoir courir, sauter, travailler aux engins et apprendre de nouveaux éléments compte beaucoup pour elle. « Je crois sincèrement que la gymnastique est aussi l’une des meilleures thérapies qu’elle puisse avoir », se réjouit sa maman.

Tout a commencé un été, devant une série diffusée sur Netflix, L’École de gym. Keliana découvre la gymnastique artistique et n’a alors plus qu’une idée en tête : essayer. Pour ses parents, trouver une société ne s’annonce pourtant pas facile. « J’ai commencé à chercher des clubs de gymnastique artistique, mais je tombais souvent sur des informations indiquant qu’après 8 ans, il n’était plus possible de commencer, ou alors sur des clubs présentés comme des structures élites », explique Emilie Memaj, sa maman. Un premier essai en gymnastique rythmique ne fonctionne d’ailleurs pas : on lui explique qu’elle est déjà trop âgée pour commencer. 

C’est lors des portes ouvertes de GA Chablais, à Aigle, que Keliana trouve finalement une société où commencer la gymnastique artistique. Elle y fait un essai et décide de continuer. « C’est grâce à eux qu’elle a découvert ce sport qu’elle aime autant aujourd’hui et qu’elle a pu faire ses premiers pas en gymnastique artistique », raconte sa maman. Elle commence avec un certain retard sur les autres gymnastes, mais se met rapidement au travail pour progresser et apprendre les différents éléments.

Peu après ses débuts, Keliana doit toutefois interrompre la gymnastique en raison d’une complication liée à son traitement. Après plusieurs semaines d’hospitalisation et de récupération, elle reprend progressivement les entraînements. « La reprise a ensuite été très progressive », explique sa maman. Les débuts sont difficiles, notamment pour les sauts, les éléments au sol et les réceptions. Il faut adapter les entraînements et lui laisser le temps de retrouver ses sensations. Aujourd’hui encore, ses entraîneurs restent attentifs à sa fatigue et à ce qu’elle ressent. Mais pour Keliana, l’essentiel est de pouvoir être une gymnaste comme les autres.  

Une deuxième famille 

Les personnes qui l’entourent à la gymnastique occupent une place importante dans son quotidien. À GA Chablais, où elle a débuté, elle a pu compter sur une équipe qui lui a donné sa chance. Elle évolue aujourd’hui à la FSG Montreux, où elle a également trouvé un cadre dans lequel elle peut progresser et s’épanouir. « Je pense que, pour Keliana, la gymnastique est avant tout une grande famille », explique sa maman. 

Les autres gymnastes comptent aussi beaucoup pour elle. Keliana a gardé des liens avec plusieurs filles de GA Chablais et s’est fait de nouvelles amies à Montreux. La gymnastique lui apporte donc aussi une vie sociale et des amitiés qui vont au-delà des entraînements. 

Emilie Memaj, la maman de Keliana

S’il y avait une seule chose que j’aimerais que l’on retienne de Keliana, ce n’est pas sa maladie. C’est sa façon d’avancer malgré elle. Elle possède une force intérieure assez incroyable

De la compétition au spectacle 

Cet automne, Keliana participera au show de Norah Demierre. « Lorsqu’elle avait essayé la gymnastique rythmique, elle avait découvert des vidéos de Norah et son parcours. Le fait qu’elle ait elle aussi commencé relativement tard l’avait marquée », explique sa maman. Depuis, Norah est devenue l’un de ses modèles. Les deux gymnastes se sont rencontrées lors d’un gala à Montreux l’hiver dernier et ont ensuite échangé sur les réseaux sociaux. Cet été, Norah a proposé à Keliana de participer à son show. 

Le projet sera différent d’une compétition. Pas de classement ni de note : Keliana présentera une chorégraphie sur un praticable de gymnastique rythmique. Une gymnaste plus âgée l’aidera à la préparer. Pour Keliana, ce sera surtout l’occasion de vivre une nouvelle expérience et de partager la scène avec une gymnaste qu’elle admire. « Je pense sincèrement que ce sera l’un de ces souvenirs qu’elle gardera très longtemps », se réjouit sa maman. 

Tomber, recommencer, réussir 

Déterminée, travailleuse, passionnée… et très têtue : voilà comment ses parents décrivent Keliana. Elle doute parfois d’elle-même et se montre exigeante envers elle-même. Mais lorsqu’elle veut apprendre quelque chose, elle s’accroche et recommence jusqu’à y arriver. « S’il y avait une seule chose que j’aimerais que l’on retienne de Keliana, ce n’est pas sa maladie. C’est sa façon d’avancer malgré elle. Elle possède une force intérieure assez incroyable », explique sa maman. 

Lorsqu’elle parle de la suite, Keliana parle surtout de gymnastique : des éléments qu’elle aimerait apprendre, de ses entraînements et de ce qu’elle veut encore améliorer. À la salle, elle retrouve ses copines, poursuit ses objectifs et peut être simplement une gymnaste parmi les autres.

Reportage de la RTS

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